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Des immeubles croulants où s'entassent des familles immigrées, à deux pas de la basilique restaurée: à Saint-Denis, la municipalité communiste tente de reconquérir son centre-ville longtemps livré aux marchands de sommeil et investisseurs en quête de biens hyper-rentables.

En juin, une affaire surgie en pleine campagne pour les législatives a jeté une lumière crue sur la situation hors normes du centre-ville ancien de cette banlieue rouge paupérisée où, à quelques stations de métro de Paris, 40% des logements sont jugés insalubres.

Quelques jours avant le premier tour, le parquet de Bobigny a ouvert une enquête sur la candidate de la République en marche Véronique Avril, accusée d'avoir loué à "un tarif exorbitant" un appartement dans un immeuble insalubre.

Arrivée en tête, elle a finalement été battue par le candidat PCF-LFI Stéphane Peu. Maire adjoint à l'urbanisme et président du plus gros office HLM du département, le nouveau député avait fait de son cheval de bataille la lutte contre les marchands de sommeil.

Il y a tout juste un an, après un incendie qui avait fait cinq morts, ce dernier avait appelé le gouvernement à améliorer les "moyens législatifs et judiciaires". Il déplorait notamment que "seuls neuf" marchands de sommeil aient été condamnés par la justice dans cette ville de 110.000 habitants où 8.000 logements sont jugés insalubres par la mairie.

Quand le taux d'insalubrité atteint 40% dans le centre ancien de Saint-Denis, il est de 6% en moyenne en France. A deux pas de la mairie, les immeubles aux fenêtres murées de parpaings se succèdent et ce délabrement, dans la troisième commune d'Ile-de-France, côtoie la majestueuse nécropole des rois de France et le Stade de France, desservie par le métro.

- Raison politique ? -

"La demande excédant l'offre, les propriétaires bailleurs louent à des prix quasiment parisiens alors qu'à l'achat ces logements sont deux à trois fois moins chers que dans la capitale", relève la docteure en géopolitique Mathilde Costil, dans un article publié en juin dans la revue Hérodote.

Pour un studio de 23 m2, la candidate REM avait déboursé 47.000 euros, plus 20.000 euros de travaux, pour un loyer fixé à 650 euros charges comprises.

Cette hyper-rentabilité locative, dans un contexte de saturation de l'hébergement d'urgence et du logement social, a attiré des investisseurs parfois sans scrupule, qui louent en majorité à des primo-arrivants, souvent sans papiers.

"On sait qu'à Saint-Denis on trouvera, car ici on ne nous demande pas de papiers, pas de caution. Alors même si c'est cher, humide, sombre, on prend", résume Hortense, une nourrice ivoirienne.

Mais l'explication du taux "exceptionnellement élevé" d'habitat indigne dans le centre-ville est aussi politique, dans un bastion communiste paupérisé où la "gentrification" est vue d'un mauvais oeil, selon la chercheuse Mathilde Costil.

"L'analyse des bureaux de vote des élections de 2014 et 2015 laisse supposer que les nouveaux arrivants des classes moyennes sont plus à même d'aller voter et votent plus pour le PS que pour les communistes et le Front de gauche", note-t-elle.

"Quand le métro est arrivé, les gens de la municipalité disaient que c'était à la fois une malédiction et une bénédiction. La question était +Comment faire pour ne pas perdre nos électeurs? +", se souvient l'architecte Virginie Picon-Lefèbvre, qui estime que cela "a pu freiner la rénovation".

Les incendies en séries dans des immeubles vétustes, qui ont fait plus de 20 morts en 15 ans, ont finalement poussé la mairie a engager un vaste plan de lutte contre l'insalubrité (78 millions d'euros déboursés entre 2011 et 2016).

Mais la bataille menée évoque Sisyphe et son rocher. "L'achat d'un immeuble est rentabilisé en quatre ans et les propriétaires mis en cause sont expropriés à 2.000 euros du mètre carré. Les marchands de sommeil ont donc encore de beaux jours devant eux", se désolait récemment Sabine Loubet, chargée du dossier à la mairie.

Et les condamnations ne changent rien: "L'un d'entre eux, condamné au pénal, a déjà racheté un immeuble, raconte-t-elle.

Saint-Denis, 24 juin 2017 (AFP) - © 2017 AFP

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